« Histoire de la Tunisie, de Carthage à nos jours » : aux sources historiques d’un pays singulier

L’historienne franco-tunisienne Sophie Bessis livre une somme ambitieuse et réussie sur trois mille ans d’histoire de ce pays, petit par la taille mais à la grande importance symbolique.

Livre. Comment éclairer cette curiosité géopolitique ? Comment expliquer la trajectoire singulière de cette Tunisie, dont l’importance symbolique – chantier du réformisme dans le monde arabo-musulman – est sans commune mesure avec sa modestie physique ? Sophie Bessis, historienne franco-tunisienne, qui publie sur les relations Nord-Sud depuis quarante ans, fournit des fragments de réponse dans son Histoire de la Tunisie. Somme aussi ambitieuse que réussie, où une plume claire rend accessible une riche palette de savoirs académiques, l’ouvrage déroule trois mille ans d’histoire au fil desquels s’est forgée cette fameuse « tunisianité » aujourd’hui au cœur de bien des interrogations.

En Tunisie comme ailleurs, l’écriture de l’histoire n’a jamais été idéologiquement innocente. L’historiographie coloniale l’a bien montré, qui avait solennisé la césure entre la Carthage punique, renvoyée à son prétendu archaïsme sémite, et la Rome africaine, offrande de la « civilisation » latine. A l’aube de l’indépendance, ce récit colonial sera supplanté par le roman national exalté par Habib Bourguiba, qui enrôlera avec fierté jusqu’au Carthaginois Hannibal ou au Numide Jugurtha dans le creuset civilisationnel multiforme dont la Tunisie serait le produit. Et, plus récemment, une autre lecture de l’histoire, alternative au double paradigme colonial et bourguibien, retarde au VIIIe siècle l’épopée fondatrice, celle qui inscrit la Tunisie dans l’arabité et l’islam.

Les permanences mises en lumière

Après avoir écarté ces biais, source – selon les cas – de fausses cohérences ou d’imaginaires coupures, Sophie Bessis tente d’identifier les permanences qui formatent la longue durée tunisienne. Tout commence par la géographie : la Tunisie est un finistère (là où finit la terre) où s’épanouit un double mitan, à la fois jointure entre les débords du Levant et le Maghreb occidental et passerelle entre l’Afrique et l’Europe. Quand un tel carrefour est de surcroît plat, interdisant les refuges haut perchés, le ressac des conquêtes nourrit l’hybridation des hommes et des idées.

Dans ce cadre-là, Sophie Bessis pointe quelques récurrences qui scandent la marche du temps : dissidences de la périphérie tribale aliénée par « l’hégémonie de la citadinité », flambée du puritanisme religieux (donatisme, kharijisme, etc.) ciblant les pouvoirs établis, indigénisation des dynasties d’origine étrangère (Fatimides, Zirides, Hafsides, beys ottomans). Ces ingrédients alimenteront à leur manière le réveil nationaliste contre la France du protectorat (1881), laquelle avait assujetti une Tunisie déjà fragilisée par

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